La préhistoire à Saint-Pierre et Miquelon


Un brin d’histoire sur le projet…

Le site de l’Anse à Henry se situe à l’extrémité nord de l’île de Saint-Pierre face à l’île du Grand Colombier. Il est accessible par bateau ou par un sentier d’environ 3,5 kilomètres débutant à l’est de la ville. La superficie du site, estimée à environ 8,2 hectares, occupe l’ensemble de la terrasse herbeuse qui descend en pente douce jusqu’au promontoire de la Vierge ainsi qu’une partie du bois.

Des rumeurs de trouvailles dans les années 1970 ont été attestées par plusieurs habitants mais il semble que les vestiges aient été dispersés hors de l’Archipel. Une visite de confirmation du site en 1979 par une équipe du C.N.R.S. (Centre National de Recherche Scientifique) conduite par Jean Chapelot, bien que non documentée, a semble-t-il livré du matériel.

En 1981, Jean-Louis Rabottin, professeur agrégé d’histoire géographie au Lycée de Saint-Pierre, découvre, à l’occasion d’investigations sur le Quaternaire, quelques outils de pierre et des éclats de taille dans des coupes d’érosion de l’Anse à Henry. Une petite tranchée exploratoire a été faite en 1984 par le préhistorien René Desbrosse lors d’une visite privée. Quelques photographies d’outils et une aquarelle (Michel Borotra) ont été publiées en 1988 dans l’ouvrage « Histoire de l’archipel et de sa population » (Andrée Lebailly, éditions Jean-Jacques Oliviéro) et les premiers outils ont été déposés dans la collection permanente du Musée Archipélitude de l’Ile-aux-Marins.

En 1997, la Préfecture de Saint-Pierre et Miquelon, en accord avec la Sous-direction de l’Archéologie du Ministère de la Culture et de la Communication, a autorisé Sylvie Leblanc (Université d’Alberta) et le professeur James Alexander Tuck (Université Mémorial de Terre-Neuve) à effectuer une visite de reconnaissance archéologique à Saint-Pierre et Miquelon. Cette dernière a donné lieu à un rapport détaillé et a permis d’évaluer le potentiel archéologique de l’Archipel, d’identifier et d’inventorier le matériel déjà existant et de proposer les grandes lignes d’un projet de recherche à long terme.

En 1999, le Sous–directeur de l’Archéologie M. Bruno Foucray s’est rendu sur le site. Son rapport très positif de fin de mission a souligné l’intérêt régional et national du site et lancé le début d’un véritable programme de recherches.

Deux missions de reconnaissance systématique par sondages, menées en 1999 et 2000, ont permis de répertorier les vestiges de quatre civilisations préhistoriques et de documenter l’occupation européenne des lieux. A cette étape-ci de la recherche, il ne s’agissait pas encore de véritables fouilles mais plutôt de sondages exploratoires permettant de vérifier la richesse du gisement archéologique.

Après une pause en 2001, de 2002 à 2004 des chantiers de fouilles en aire ouverte ont été réalisés. La richesse du site est indéniable : les vestiges matériels trouvés à l’Anse à Henry témoignent d’une préhistoire remontant à près de 5 000 ans. Ces vestiges sont attribuables à quatre groupes culturels distincts* :

  1. Amérindiens de l’Archaïque Maritime de 3000 à 1200 av. J.C.
  2. Amérindiens de l’Indien Récent  de l’an 0 à environ 1500 ap. J.C.
  3. Paléoesquimaux Anciens Groswater de 800 à 100 av. J.C.
  4. Paléoesquimaux Récents du Dorset de 100 à 900 ap. J.C.

*Les dates fournies correspondent aux périodes d’occupations de la région Terre-Neuve/Saint-Pierre et Miquelon par ces groupes, elles ne correspondent pas à leurs dates d’apparition et de disparition sur le territoire nord-américain dans son ensemble.


 

L’Anse à Henry

L’Anse à Henry

un milieu favorable à l’occupation humaine

Les vestiges matériels trouvés à l’Anse à Henry témoignent d’une préhistoire remontant à près de 5000 ans. Ils sont attribuables à quatre groupes culturels distincts* :

  • Amérindiens de l’Archaïque Maritime de 3000 à 1200 av. J.C.
  • Amérindiens de l’Indien Récent de l’an 0 à environ 1500 ap. J.C.
  • Paléoesquimaux Anciens de Groswater de 800 à 100 av. J.C.
  • Paléoesquimaux Récents du Dorsétien de 100 à 900 ap. J.C.

* Périodes d’occupation de Terre-Neuve/Saint-Pierre et Miquelon.

« Localisation du site archéologique de l’Anse à Henry sur l’île de Saint-Pierre. »

« Fouilles à l’Anse à Henry. »

Les multiples ressources de l’Anse à Henry ont favorisé l’occupation du site par des groupes préhistoriques et bien plus tard par des Européens jusqu’au XXème siècle.

La passe à Henry, étroite et profonde, n’est certainement pas étrangère à ce choix d’installation. Son fort dénivelé devait favoriser la remontée des substances nutritives créant ainsi un environnement marin très riche. La passe offrait également une voie de passage idéale pour les mammifères marins avec sa profondeur de plus de 15 mètres. De nos jours, il n’est d’ailleurs pas rare de voir, outre les phoques (commun et gris), des cétacés emprunter la passe à Henry en été (dauphins, globicéphales, petits rorquals). L’île escarpée du Grand Colombier était sans doute aussi d’un grand intérêt. Elle offrait d’importantes colonies d’oiseaux de mer et un gisement de jaspe permettant la confection d’outils en pierre. De plus, le site dispose d’une source d’eau douce, d’anses permettant l’accostage et profite d’une vue dégagée dans plusieurs directions. On conviendra alors facilement que l’Anse à Henry présentait un milieu favorable à l’occupation humaine.

« Île du Grand Colombier en face de l’Anse à Henry. »

L’Anse à Henry constitue à ce jour l’unique site connu permettant d’établir la préhistoire de l’Archipel et son apport scientifique est majeur. Il permet non seulement d’affiner nos connaissances des populations préhistoriques de l’aire culturelle Terre-Neuve/Labrador/Saint-Pierre et Miquelon mais aussi de l’Amérique du Nord-Est et de l’Arctique en général.

La découverte de matériel paléoesquimau en fait non seulement le site de culture arctique le plus méridional connu, mais également l’unique site arctique sur le territoire national.



Frise chronologique double Terre-Neuve Labrador et Saint-Pierre et Miquelon / France

Les Amérindiens

Les Amérindiens

Les Amérindiens : d’où viennent-ils ?

Originaires de Sibérie, c’est par le détroit de Béring qu’arrivent les premiers humains en Amérique ; les Paléoindiens. Leur date d’entrée en Amérique est toujours au cœur d’un débat, mais une date d’environ 11 000 av. J.C. semble généralement faire consensus dans la communauté scientifique.

Il aura fallu à peine 500 ans pour que les populations paléoindiennes occupent l’ensemble des Amériques de l’Alaska jusqu’à la Terre de Feu. La rapidité de l’expansion reste encore difficile à expliquer, cependant deux théories principales sont avancées :

1°) une migration par voie d’eau le long de la côte pacifique ;

2°) une migration le long d’un corridor libre de glace entre les calottes glacières Laurentienne et de la Cordillère. En effet, à cette époque la majeure partie de l’Amérique du Nord est encore sous l’emprise des glaces de la dernière glaciation. 

Plus près de nous, c’est dans le détroit de Belle-Isle (entre la côte sud du Labrador et Terre-Neuve) que s’installent il y a 9000 ans les premiers groupes paléoindiens. A cette époque, la calotte glaciaire s’est définitivement retirée de la frange littorale de la côte sud du Labrador et cela rend désormais possible l’occupation humaine de cette région. Les Paléoindiens étaient déjà présents dans les provinces maritimes et c’est sans doute par la Gaspésie qu’ils ont fait leur entrée au Labrador. On peut facilement envisager qu’ils étaient les ancêtres des groupes de l’Archaïque Maritime qui s’installèrent peu après dans la région.

 

« La conquête de l’Amérique par les Paléoindiens »

 

Migration

« Migration des Paléoindiens et des

Amérindiens de l’Archaïque Maritime

dans la région »

Ce n’est que vers 3000 av. J.C. que les Amérindiens de l’Archaïque Maritime traverseront le détroit de Belle-Isle pour s’installer sur l’île de Terre-Neuve et à Saint-Pierre. Ils y vivront près de 1800 ans pour finalement disparaître sans laisser de trace autour de 1200 av. J. C.  Il faudra attendre près de 1200 ans avant que ne leur succède un nouveau groupe amérindien : les Indiens Récents.

 

 « Pointes de projectiles de l’Archaïque Maritime »

 

« Pointes de flèches Indiens Récents – Little Passage »


Les Amérindiens: l'Archaïque Maritime

(3000 à 1200 av. J.C.)

« Localisation de l’Anse Amour et de Port au Choix,
   deux sites archéologiques importants de l’Archaïque
   Maritime. »

Originaires du Labrador, les Amérindiens de l’Archaïque Maritime sont les premiers humains à occuper les îles de Terre-Neuve et de Saint-Pierre. Au site de l’Anse Amour (Labrador), les archéologues ont retrouvé une sépulture d’enfant vieille de 7500 ans, qui s’est avérée être la plus ancienne de l’Amérique du nord-est. Le site de Port au Choix, sur la côte nord-ouest de Terre-Neuve, a livré 117 squelettes qui ont permis de reconstituer le mode de vie de ce groupe amérindien.

Leur mode de vie était majoritairement axé sur l’exploitation des ressources maritimes. Ils étaient d’habiles chasseurs de phoque, particulièrement ceux du Groenland qui migrent annuellement vers leurs aires de reproduction autour de l’île de Terre-Neuve. Ils ont d’ailleurs été les premiers à inventer des têtes de harpons détachables pour ce type de chasse. Ils chassaient aussi les oiseaux migrateurs, les oiseaux de mer et avaient développé une technologie de pêche sophistiquée avec lances et pointes à barbelures. Ils chassaient également le caribou lors de ses migrations saisonnières.

Les Amérindiens de l’Archaïque Maritime pratiquaient des rites funéraires élaborés où les défunts étaient souvent ensevelis dans des fosses coniques, individuelles ou communes, selon une organisation spatiale clanique. Les fosses et les corps étaient enduits d’ocre rouge et les défunts partaient vers l’au-delà, accompagnés de biens ou encore d’objets symboliques soulignant leur appartenance à un clan. Par exemple, au cimetière de Port au Choix (Terre-Neuve), on distingue manifestement trois clans : les dépouilles étaient ensevelies accompagnées soit de becs de grands pingouins (espèce aujourd’hui disparue), de coquilles de bigorneaux ou de cristaux de quartz cristallin. Dans l’une de ces fosses, un individu interprété comme ayant pu être un chaman a été retrouvé avec une amulette représentant un orque.

« Amulette en pierre représentant un orque, trouvée au cimetière archaïque maritime de Port au Choix (Terre-Neuve).»


Les Amérindiens: Indien Récent

(0 à 1500 ap. J.C.)

Les archéologues de l’aire culturelle Terre-Neuve/Labrador regroupent sous le vocable générique d’Indien Récent certaines cultures préhistoriques amérindiennes datant de 0 à 1500 ap. J.C. De façon plus précise, la culture de l’Indien Récent se divise en trois phases temporelles bien distinctes présentant chacune des particularités au niveau de la technologie lithique (outils en pierre).  

  • Cow Head (0 à 800 ap.  J.C.)

  • Beaches (400 à 1100 ap. J.C.)

  • Little Passage (1100 ap. J.C. jusqu’au contact européen au 16e siècle).

« Scène de chasse au caribou au bord d’un lac. »

Ces phases culturelles forment plus ou moins une séquence évolutive qui aboutit, au moment du contact européen, à la formation de la culture Béothuk. Cette rencontre avec les nouveaux venus européens fut fatale (maladies, massacres, déni d’accès au littoral). La dernière Béothuk, Shanawdithit, s’éteignit en 1829. Une stèle à sa mémoire se trouve sur la rive sud de Saint-Jean, non loin du cimetière où elle fut inhumée.

Le mode de vie des populations de l’Indien Récent correspond assez bien à celui des chasseurs de l’Archaïque Maritime bien que la chasse aux mammifères marins diminue au profit de l’exploitation des ressources terrestres comme le caribou. A Terre-Neuve, on retrouve souvent les sites de l’Indien Récent en bordure de lacs ou de rivières où ils interceptaient les caribous aux lieux habituels de traversée.

A l’Anse à Henry, des pointes de flèches datant de la phase Little Passage (1100 à 1500 ap. J.C.) ont formellement été identifiées. D’autres pointes de projectiles retrouvées sur le site ont pu être attribuées à la phase Cow Head de l’Indien Récent (0-800 ap. J.C.).

Les Paléoesquimaux

Les Paléoesquimaux

Les Paléoesquimaux : d’où viennent-ils ?

« La migration paléoesquimaude. »

Il y a 4500 ans l’Amérique connut une seconde vague migratoire, également issue de Sibérie : les Paléoesquimaux. Mais à la différence des Paléoindiens qui s’étaient rapidement dirigés vers le Sud, ces nouveaux arrivants

demeurèrent au Nord et traversèrent l’Arctique canadien jusqu’au Groenland, puis se dirigèrent vers le Sud du Labrador et Terre-Neuve.

Fort bien adaptés aux conditions extrêmes des régions arctiques (froid, rareté des ressources végétales), les Paléoesquimaux ont survécu pendant près de 2000 ans. Ils ont presque totalement disparu de l’Arctique en 1000 ap. J.C., mais survécurent pendant quelques siècles encore dans le nord du Labrador.

Les Paléoesquimaux avaient un mode de vie proche de celui des Inuit au moment du contact européen. Leur économie était centrée sur l’exploitation des ressources marines. Ils étaient de grands chasseurs de mammifères marins, qu’ils chassaient à l’aide de harpons à tête détachable.

« Chasse au phoque du Groenland
  sur les glaces. » deliz@rt

Les vestiges paléoesquimaux trouvés à l’Anse à Henry appartiennent à la culture Groswater (800 à 100 av. J.C., Paléoesquimau Ancien), et à la culture Dorset (100 à 900 ap. J.C., Paléoesquimau Récent). Ils font de l’Anse à Henry un lieu exceptionnel : le site arctique le plus méridional jamais répertorié.

 

Groswater « Pseudo-burins groswatériens »

 

Dorset « Armatures distales
polies dorsétiennes »


Les Paléoesquimaux : Groswater

(800 à 100 av. J.C.)

« Localisation de Cow Head et Ramah,  deux gisements de jaspes utilisés par  les Groswatériens. »

La culture Groswater - 800 à 100 av. J.C. - tire son nom de la baie de Groswater sur la côte centrale du Labrador. C’est en effet dans cette région que ce groupe culturel fut d’abord identifié puis défini. C’est une pratique courante en archéologie qu’une culture tienne son nom de l’endroit où elle fut identifiée pour la première fois.

Les chasseurs du Groswater étaient spécialistes du phoque du Groenland et leur distribution géographique correspond fidèlement à la route migratoire de cette espèce (Terre de Baffin, Groenland, côte du Labrador, Terre-Neuve et golfe du Saint-Laurent). Leur présence à Saint-Pierre soulève d’ailleurs d’intéressantes questions, car cette espèce n’est pas présente dans les eaux de l’archipel. Ils chassaient également le caribou durant ses mouvements migratoires.

Les Paléoesquimaux du Groswater sont aussi connus sous le nom de Tradition Microlithique de l’Arctique car ils disposaient d’outils de pierre de très petite taille. Ces outils étaient fabriqués dans des matières premières de grande qualité, très pures et très riches en silice, qui fournissaient un très bon contrôle de la taille. Contrairement à la majorité des groupes préhistoriques qui utilisaient des jaspes ou d’autres pierres trouvées dans leur environnement immédiat, les Groswatériens n’hésitaient pas à parcourir plusieurs milliers de kilomètres pour s’approvisionner. On sait par exemple que deux gisements de jaspe, l’un à Cow Head sur la côte Ouest de Terre-Neuve et l’autre, 1500 km plus loin, à Ramah sur la côte nord du Labrador, les intéressaient tout particulièrement.

A l’Anse à Henry, des pointes de harpons ont été retrouvées, des microlames, et de minuscules pseudo-burins servant au travail du bois, de l’os ou de l’ivoire. Beaucoup de ces outils ont été taillés dans du jaspe de Cow Head.

« Armatures distales groswatériennes en  jaspe de Cow Head. »


Les Paléoesquimaux : Dorset

(100 à 900 ap. J.C.)

« Figurines zoomorphiques ou anthropomorphiques en pierre taillée de culture Dorset. »

La culture dorsétienne est apparue dans l’Arctique canadien il y a près de 2500 ans. Elle fut identifiée et définie pour la première fois en 1925 au Cap Dorset, en Terre de Baffin. L’aire d’occupation dorsétienne correspond à l’ensemble de l’Arctique canadien depuis l’Alaska jusqu’au Groenland. Il a fallu plusieurs siècles avant qu’ils ne migrent vers des régions plus méridionales et ce n’est qu’à partir de 100 ap. J.C. qu’on les voit apparaître à Terre-Neuve.

Ils exploitaient les ressources marines, en particulier le phoque et le morse. Ils pêchaient et chassaient des oiseaux et des mammifères terrestres comme le caribou. Tout comme les Groswatériens ils avaient des outils en pierre de très petite taille.

Ils avaient développé une technologie sophistiquée de chasse aux mammifères marins avec harpons, tête de harpons en ivoire et lignes de halage. Dans l’ivoire de morse ou l’os de baleine ils fabriquaient des patins de traîneaux, des crampons pour marcher sur la glace ou encore de grands couteaux à découper les blocs de neige. On ignore cependant s’ils chassaient activement la baleine ou s’ils exploitaient plutôt leurs carcasses échouées. De petits récipients rectangulaires sculptés dans la stéatite leur servaient de lampes dans lesquelles ils brûlaient de l’huile de phoque pour éclairer et chauffer les habitations.

Les Dorsétiens étaient des artistes habiles : des milliers de figurines d’animaux ou de visages humains sculptés dans l’ivoire ou l’os de baleine ont été retrouvées. Elles témoignent du fascinant univers de chamans, d’esprits et d’animaux magiques de la culture dorsétienne. L’une des plus grandes collections d’art préhistorique au monde, celle du Musée Canadien des Civilisations, est constituée de sculptures dorsétiennes.

Malheureusement, les sols acides et le climat humide de notre région ne permettent pas la conservation, sur d’aussi longues périodes, de matières telles que l’ivoire et les ossements de baleines. Il est cependant à parier que les Dorsétiens qui ont fréquenté l’Anse à Henry avaient une tradition artistique aussi riche.

« Figurines zoomorphiques ou anthropomorphiques en pierre taillée de culture Dorset. »

Valorisation des collections

Valorisation des collections

Les découvertes

De ces populations, il ne nous reste que leurs outils en pierre. En effet, plus de 80% de leur technologie était faite de bois, d’écorce, de fibres végétales ou encore d’os d’animaux qui n’ont pas résisté au climat maritime et aux conditions acides des sols régionaux. Parmi les objets retrouvés, on compte des pointes de flèches et de projectiles, des pointes de harpons, des ébauches de bifaces, des racloirs et des grattoirs utilisés dans la préparation des peaux, des pseudo-burins, des microlames, des percuteurs qui servaient à la taille des outils, et quelques objets d’ardoise polie. La richesse du site est indéniable et il a livré plusieurs centaines d’objets façonnés qui, au total, ne représentent pas plus de 1% des récoltes, proportion tout à fait normale dans un contexte préhistorique. Pour l’amateur, cette proportion peut paraître décourageante mais c’est ce travail de patience et de persévérance qui donne à l’archéologie ses lettres de noblesse.

« Dans la nuit des temps »
de Jean-Claude GIRARDIN
Photo : P. Boez

Valorisation des collections archéologiques à travers des actions culturelles diversifiées

L’ensemble du matériel récolté lors des fouilles archéologiques est aujourd’hui déposé à l’Arche. Les plus beaux vestiges font l’objet d’une exposition.

En accord avec les directives nationales d’enregistrement du matériel archéologique, les vestiges sont individuellement répertoriés au catalogue de l’Arche. Ceci afin d’exercer un meilleur contrôle des collections et d’assurer la préservation du patrimoine culturel de Saint-Pierre et Miquelon. D’entrée de jeu, les chercheurs canadiens ont d’ailleurs tenu à ce que le matériel archéologique ne quitte pas l’Archipel mais que ce soit plutôt eux qui se déplacent pour en faire l’analyse.

Par ailleurs, certains objets récoltés lors d’interventions passées non autorisées étaient partis en métropole. Nous avons donc entrepris une campagne de rapatriement et, déjà à l’été 2000 et 2004, Monsieur Jean-Louis Rabottin retrouvait et ramenait une partie de ce patrimoine.

Les collections archéologiques viennent indéniablement enrichir notre patrimoine culturel local. Leur mise en valeur passe désormais par des activités multiples et changeantes.


Une offre culturelle autour des collections archéologiques

Depuis quelques années, de nombreux travaux et efforts ont permis une ouverture de l'école aux musées et aux sites et vice versa. Depuis son ouverture l’Arche accueille parmi ses visiteurs des scolaires ou autres établissements pour des visites guidées des expositions temporaires en cours. C’est pourquoi, nous avons souhaité aller plus loin en créant un service de Médiation culturelle afin de proposer des actions spécifiques mettant en valeur nos collections.

S’agissant des collections archéologiques trois rendez-vous sont désormais possibles :

Générique de l’opération

Générique de l’opération

 

Maître d’œuvre : Collectivité Territoriale de Saint-Pierre et Miquelon.

Maître d’ouvrage : Jusqu’en 2000, le suivi et la gestion du projet ont été assurés par l’association « le Carrefour Culturel Saint-Pierrais » dès lors la direction de l'Arche prend le relais.

Partenaires financiers : Moitié Etat (Ministère de la Culture et de la Communication), moitié Collectivité Territoriale de Saint-Pierre et Miquelon. En 1999, l’Education Nationale a consenti les sommes nécessaires à l’achat de matériel de terrain.

Coordonnateur de projet : Jean-Louis Rabottin, professeur agrégé d’histoire géographie au Lycée de Saint-Pierre, assure les rôles de coordonnateur de projet et de conseiller scientifique au niveau géologique et paléoenvironnemental. Doctorant en cours d’achèvement d’une thèse sur les paléo-environnements quaternaires dans l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon (Université de Paris Sorbonne).

Directrice de projet : Sylvie Leblanc docteur en anthropologie (Université d’Alberta – Edmonton). Spécialiste de la préhistoire de l’Arctique, notamment du Paléoesquimau Ancien (Groswater) et Récent (Dorset). A dirigé (1996-1999) les fouilles d’un site d’habitation dorsétien dans la baie de Trinité à Terre-Neuve. Enseignante sessionnelle à l’Université d’Alberta.

Conseiller scientifique : Dr. James Alexander Tuck, professeur et fondateur du département d’archéologie de l’Université Mémorial de Terre-Neuve. Directeur de l’ISER (Institut de Recherche en Sciences Sociales et Economique). Spécialiste de la préhistoire de l’Amérique du nord-est et auteur de nombreuses publications et synthèses. Entre autres célèbre pour ces travaux sur l’organisation politique Iroquoienne, la découverte des sites de sépultures de l’Archaïque Maritime de Port au Choix et de l’Anse Amour, sa définition de la culture de l’Archaïque Maritime, l’établissement et la synthèse de la préhistoire amérindienne et paléoesquimaude de Terre-Neuve et du Labrador, ses travaux sur les baleiniers basques au Labrador (site de Red Bay) et les premiers sites d’établissement britannique en Amérique du nord (Ferryland, Terre-Neuve).

Archéologue(s) assistant(s)/technicien(s) : Assistant archéologue responsable des levés de terrain et de la cartographie. François Clair Bélanger (1999), Claire Saint-Germain (2000), Steve Dubreuil (2002 et 2003) et Vincent Lambert (2004).

Equipe de fouilleurs : Elèves avancés ou étudiants de l’archipel encadrés et formés sur le terrain. Au cours des recherches ont participé : Claire Arrossaména, Elodie Borges, Dominique Borotra, Cédric Borthaire, Leslie Briand, Sarah Cambray, Alexandra Cantian, Anne Dérible, Samuel Detcheverry, Frédéric Guillaume, Joël Hacala, Anne-Laure Martinot, Patrick Panier, Claire Poirier, Emilie Rabottin, Laurie Yon, Stéphanie Yon.

Conservatrice de l’Arche : Rosiane Artur de Lizarraga assure le suivi et la gestion du projet depuis 2000. Dépositaire, chargée de l’inventaire et responsable des collections. Assure aussi la diffusion auprès des publics et organise les expositions temporaires.


Pourquoi des canadiens ?

L’archéologie est une discipline scientifique qui exige des connaissances étendues et des techniques fines excluant tout amateurisme. Les civilisations amérindiennes et paléoesquimaudes qui ont fréquenté l’archipel bien avant la venue des Européens sont inconnues en métropole.

Afin de profiter des connaissances et des techniques de préhistoriens nord-américains, en particulier ceux qui sont familiers avec l’aire culturelle Terre-Neuve/Labrador/Arctique, le principe a donc été  adopté d’une collaboration franco-canadienne avec formation d’une équipe locale pour la fouille, la création d’un laboratoire et la vulgarisation des découvertes.