De Saint-Pierre-et-Miquelon à Anticosti

Des ouvriers probablement Saint-Pierrais, à Baie Ellis, en mai 1906.        
Fonds Georges Martin-Zédé. Coll BAnQC (P186,S2,D1-5,P11)

Le vapeur postal Pro Patria à Saint-Pierre, vers 1902. Cl. Dhoste. Coll. U-Bordeaux

Famille Joseph Apestéguy et Rosalie Boudreau. Coll. Apestéguy

La crise économique du début du 20e siècle dans l’archipel a entraîné des mouvements de population notamment vers l’île d’Anticosti.

Cet aspect historique était méconnu voire inconnu dans les deux communautés jusqu’à l’automne 2015 lorsque nous avons présenté cette exposition grâce au don à l'Arche d'une collection photographique par Mme Thérèse Chevalier, seule descendante de Saint-Pierrais vivant toujours à Anticosti.

 

La présentation des deux territoires et ces mouvements migratoires sont mis partiellement en lumière dont cette exposition virtuelle, afin de diffuser notre histoire au plus grand nombre.


 

Saint-Pierre-et-Miquelon : historique jusqu’en 1905

Saint-Pierre-et-Miquelon : historique jusqu’en 1905

L'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon fut officiellement découvert le 21 octobre 1520 par l'explorateur portugais João Alvares Fagundes qui le baptisa du nom des Onze Mille Vierges. Cependant l'appellation ne fut sans doute pas utilisée car en 1536 Jacques Cartier le désigne sous le nom usité d'Iles Saint-Pierre. La présence française dans la région sera entravée pendant deux siècles et demi du fait des guerres entre la France et l'Angleterre. Ainsi, l'archipel fut pris et échangé neuf fois par les Anglais et les Français, jusqu'en 1816, date du retour définitif des îles à la France. Dès lors, un noyau de population issu d'anciens déportés d'origine acadienne et de nouveaux colons français, bretons, normands et basques vient s'établir à Saint-Pierre-et-Miquelon. Des centaines puis des milliers de personnes traversent l'Atlantique pour se fixer temporairement ou durablement sur les îles. Des habitants de la péninsule de Burin (surtout des femmes), viennent les rejoindre, contribuant ainsi à la mixité d'une population d'abord essentiellement française d'origine. La population sédentaire prend un développement numérique insoupçonné, obligeant le Gouvernement français à multiplier les rouages administratifs, faisant ainsi de Saint-Pierre-et-Miquelon non plus une simple station de pêche mais bel et bien une Colonie. Architecturalement parlant, l'archipel connaît un premier essor dès le début des années 1840. Le phare de Galantry est opérationnel en 1844 et constitue un repère incontournable pour la sécurité de la navigation entre les continents européen et américain. Des bâtiments administratifs importants sont construits au début des années 1850. La voirie et l'adduction d'eau vont connaître une amélioration notable dans les années 1860.

Un armement local à la grande pêche sur les bancs et dans le Golfe du Saint-Laurent se développe en parallèle de la flotte des navires armés en métropole qui pratiquaient une activité saisonnière dans la région. La pêche côtière continue de prendre de l'essor mais elle est exercée principalement par des habitants sédentaires. Des industries annexes voient le jour : les charpentiers de marine ou terrestres, les voiliers, les poulieurs, les tonneliers, les calfats, les forgerons se créent en corporations. Le séchage de la morue sur les graves oblige les armateurs à recourir à une main-d’œuvre spécialisée venue tout particulièrement de Bretagne : les graviers.

Les années 1870 font apparaître des institutions démocratiques : les municipalités de Saint-Pierre et de Miquelon-Langlade et la Chambre de commerce. Le Conseil Général de l'archipel voit le jour en 1885, en plein boom économique qui dura jusque vers 1900.

Le tout début du 20e siècle voit appliquer la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Deux clans politiques s'organisent et s'opposent vertement : les laïcs et les cléricaux. Les meneurs fanfaronnent en duels au pistolet. Et pourtant, ce début de siècle s'annonce économiquement catastrophique.

 

Anticosti : historique

Anticosti : historique

Lors de son premier voyage de « découverte » de l'Amérique du Nord en 1534, l'explorateur Jacques Cartier aborda le Canada par le détroit de Belle-Isle et remonta le golfe du Saint-Laurent. En longeant la côte nord, il rencontra des pêcheurs venus de France qui se livraient à la pêche à la morue. Poursuivant sa route, il passa à proximité de l'île d'Anticosti dont il prit possession au nom du Roi de France. Il ne se faisait guère d'illusion sur son devenir, la qualifiant de « Terre que Dieu donna à Caïn ».
 
L'île n'était fréquentée temporairement que par les peuplades autochtones venues du continent pour se livrer à la chasse aux phoques ou au piégeage d'animaux à fourrure.
 
Le début de l'exploitation européenne d'Anticosti date de 1680 lorsque l'explorateur canadien Jolliet et son associé basque Lalande en obtiennent la concession englobée dans une seigneurie continentale comprenant également le territoire des Sept Iles et les îles Mingan.
 
Quoique la famille de Jolliet s'y installe à demeure dès 1681 pour quelques décennies, c'est surtout la période 1810-1860, avec la construction de phares et dépôts de provisions, qui voit les prémices d'une première population permanente.
 
Par la suite, divers projets de colonisation sont lancés. Celui de l'Anticosti Company en 1874, puis de la Governor and Company of the Island of Anticosti en 1886. Ces projets sans grande ambition et aux capitaux limités avaient peu de chances d'être couronnés de succès, mais attirent toutefois des centaines de colons, avec leurs familles, établissant l'assise de premiers villages avec écoles et églises.
 
En 1895, hormis quelques enclaves réservées au gouvernement canadien, peu de propriétaires terriens-pêcheurs occupent l'île.
 
De l'autre côté de l'Atlantique, en France, un industriel de renom ayant fait fortune dans le chocolat est à la recherche d'une île paradisiaque qui lui permettrait d'assouvir sa passion pour la chasse et la pêche sportive. Après avoir porté ses vues sur l'île Djerba en Tunisie et l'île du Levant près de Toulon, il apprend qu'Anticosti est à vendre.
 
Il dépêche incognito sur les lieux son ami Georges Martin-Zédé. L'émissaire s'entoure de collaborateurs, traverse l'océan, s'adjoint d'autres techniciens dont le patron pêcheur saint-pierrais Girardin et se rend sur l'île. Il ne faut pas longtemps à Martin-Zédé pour réaliser le potentiel que représente Anticosti. Au nom d’Henri Menier, en moins de six mois, il rachète l'ensemble des enclaves privées et surtout, l'immense domaine de la Governor and Company.
 
Ainsi débute l'ère Menier.

 

Anticosti : géographie

Anticosti : géographie

L'île d'Anticosti se situe dans l'embouchure du fleuve Saint-Laurent au Canada. Elle est distante de la ville de Québec de 340 milles marins (plus de 680 km). Les points les plus rapprochés du continent sont Longue Pointe de Mingan au Nord (35 km) par le détroit de Jacques Cartier et la Presqu'île de Forillon à Gaspé au Sud (72 Km) par le détroit d'Honguedo.
 
Elle mesure 225 km de longueur sur une moyenne de 56 km de largeur, soit plus de 7 900 km2 (790 hectares). En comparaison, la Corse représente près de 8 700 km2 (870 hectares).
 
L'île possède 520 km de côtes, mais peu d'abris naturels dans lesquels les navires sont en sécurité : la Baie Ellis (Port Menier) à l'Ouest-Sud-Ouest, la Baie Sainte-Claire, l'Anse aux Fraises (Ouest) et la Baie au Renard au Nord-Est.
 
C'est une île boisée dans son centre et sa partie Ouest tandis que l'Est est plus riche en tourbières. Elle culmine à 350 mètres.
 
L'île est sillonnée d'une trentaine de rivières dont la plus importante est la Jupiter avec ses 74 km. Ces rivières regorgent de saumons, de truites de mer et d'anguilles. De nombreux lacs jalonnent l'île dont le plus important est le lac du Renard, de 3,7 km2 situé à l'extrémité Est de l'île. Plusieurs autres étendues d’eau importantes constituent des lieux de villégiatures et bases d'hydravions, tels les lacs Simone et Plantain, près du village de Port-Menier.
 
Anticosti est couverte de forêts où poussent diverses espèces de conifères et de feuillus : sapins baumiers, épicéas, pins, bouleaux, trembles, peupliers, saules et même noisetiers. Cette forêt boréale abrite en outre plusieurs espèces de fruits comestibles tels la plate-bière (la chicoutée), la fraise des champs, la framboise, le bleuet (myrtille), les graines (airelles), groseilliers et gadelliers.
 
On y trouve quantité de mammifères à fourrure tels les renards roux, argentés et croisés, des loutres, des visons, des rats musqués, sans oublier les cervidés : l'élan d'Amérique dit orignal et surtout le cerf de Virginie, dit chevreuil, animal qui fait le renom d'Anticosti par son abondance.
 
Tout comme à Saint-Pierre-et-Miquelon, de très nombreux migrateurs fréquentent l'île : la bernache du Canada, plusieurs espèces de canards, le héron, maints passereaux et autres oiseaux forestiers ou côtiers. Les eaux maritimes sont sillonnées d'eiders à duvet, de hareldes, garrots, guillemots à miroir et marmettes, bec-scies, macareux moines. Fous de Bassan et mouettes tridactyles y nichent aussi.
 
Les côtes reçoivent en outre la visite de plusieurs espèces de mammifères marins : le phoque du Groenland, commun et gris ; le petit et grand rorqual, dont la baleine à bosse ; les dauphins à flancs blancs et à nez blancs ; des marsouins communs ; des épaulards ;...

 

Saint-Pierre-et-Miquelon : géographie

Saint-Pierre-et-Miquelon : géographie

La superficie du petit archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon est d'environ 242 kilomètres carrés, renfermés dans un littoral de 120 kilomètres, à peu de distance au sud de la péninsule de Burin à Terre-Neuve. Il est composé de trois îles principales.
 
Les deux premières sont Miquelon, 114 km2 et Langlade qui couvre 95 km2. Elle est relié à sa sœur du nord, Miquelon, par un isthme sablonneux de près de 9 km de longueur. En 1757, un canal sépara les deux îles mais il fut comblé en 1781, principalement en raison des amoncellements de sable, des débris apportés par l'océan et de quelques éléments provenant de naufrages. La troisième île d'importance est Saint-Pierre, le chef-lieu, qui dispose du seul port naturel, dont la superficie est d'environ 25 km2. Celle-ci mesure dans ses extrêmes approximativement 8 km de long et 5 km de large.
 
Un étroit bras de mer, La Baie, large de 6 km, sépare Saint-Pierre de Langlade. Les anciens navigateurs ont dénommé ce détroit, principalement aux approches de Saint-Pierre, « La Gueule d'Enfer », « Mouth of Hell » en anglais.
 
Une série de petites îles et îlots proches de Saint-Pierre complète l'archipel. La plus importante de ce groupe est l'Ile-aux-Marins (dénommée Ile-aux-Chiens jusqu'en 1931). Elle est située au nord-est du port de Saint-Pierre, mesure 1 800 mètres en longueur et 450 mètres dans sa plus grande largeur.
 
Miquelon-Langlade étaient propices à l'agriculture autant qu'à la pêche. L'Ile-aux-Marins n'était d'abord utilisée que comme base pour la pêche et le travail de la morue.
 
Géologiquement, les îles sont constituées de porphyre siliceux. Les sommets des collines de Miquelon sont larges et plats. Le point culminant de l'archipel, le Morne de la Grande Montagne à Miquelon, s'élève à 240 mètres. Il y a peu de terre sur les îles ; le terrain y est dénudé et rocailleux et recouvert d'une couche de tourbe d'épaisseur variable. Les côtes sont abruptes et hautes, excepté le nord-ouest de Langlade, le village de Miquelon et l'isthme de Langlade. Il existe bon nombre de ruisseaux sur les trois îles principales mais le seul cours d'eau qui mérite l'appellation de rivière est la Belle-Rivière à Langlade.
 
La végétation est généralement rabougrie. Des bosquets d'arbres atteignant à peine huit mètres de hauteur sont parsemés çà et là, particulièrement dans les vallées. Plusieurs centaines d'espèces végétales recensées dans l'archipel font malgré tout de celui-ci le détenteur de la seule forêt boréale française.

 

Saint-Pierre-et-Miquelon : la crise économique (l'exode)

Saint-Pierre-et-Miquelon : la crise économique (l'exode)

A l'apogée de sa période de croissance, l'industrie de la pêche française sur les bancs devait connaître un frein d'importance : en 1887 le parlement terre-neuvien interdit à ses ressortissants de vendre aux étrangers l'appât nécessaire à la pêche à la morue.
 
L'activité économique de l'archipel se maintint cependant pendant une douzaine d'années mais l'armement local, qui occupait bon an mal an 200 goëlettes et 3 000 pêcheurs venus de France périclite fortement. Les captures devenant très aléatoires, les prix de vente du poisson n'étant pas toujours rémunérateurs, Saint-Pierre-et-Miquelon sombra dans une dépression économique sans précédent. L'apparition des chalutiers sur les bancs de Terre-Neuve devait précipiter la chute de l'armement à la voile.
 
C'est un effet dominos : les pêcheurs éprouvent les plus grandes difficultés à rembourser les crédits accordés quotidiennement pour leurs approvisionnements ; les ouvriers chôment misérablement ; les créanciers, faute de recouvrer leurs crédits, déposent le bilan.
Au cours de cette période sombre, des campagnes de recrutement de travailleurs locaux s'étaient organisées au Canada. Le Docteur Brison, de Montréal, ne ménageait pas sa peine afin de permettre aux volontaires de l'archipel, toutes îles confondues, de venir trouver travail et bien-être au Canada. Le Québec, la Saskatchewan, l'Ontario, le Manitoba, l'Alberta devinrent des terres d'accueil pour ces immigrants français.
 
La population, qui avait dépassé le chiffre de 6 000 habitants en 1902 s'effondre, car nombre d'habitants, célibataires des deux sexes et familles entières, choisissent de trouver leurs moyens d'existence aux Etats-Unis et au Canada principalement.
 
L'île d'Anticosti récupère aussi un peu de ce sang neuf.
 
Pour en savoir davantage sur cette période vous pouvez consulter la presse locale en ligne sur notre site, particulièrement "Le Réveil Saint-Pierrais", en cliquant ici.
Anticosti : l'ère Menier

Anticosti : l'ère Menier

L'île acquise par Menier, le gouverneur Martin-Zédé se met immédiatement à la tâche. Dès le 1er mai 1896, un règlement composé de 28 articles vient faire force de loi à Anticosti. Les interdits sont nombreux : défense de débarquer dans l'île, d'y séjourner, d'y exercer une profession quelconque sans autorisation spéciale ; interdiction d'importer un animal sans contrôle vétérinaire ; prohibition de l'usage de l'alcool, de détention d'une arme, de possession d'une embarcation non-déclarée, de chasser, de pêcher en eaux douces...
 
Un vapeur de 38 mètres d'une capacité de 340 tonnes est acheté en Angleterre afin d'assurer le transport des marchandises et des passagers entre l'île et les ports du Golfe du Saint-Laurent. Ce navire du nom de « Savoy » qui restera en service pendant une trentaine d'années, fit même quelques allers-retours avec Saint-Pierre pour transporter des travailleurs saisonniers.
 
Des fermes administratives de culture et d'élevage sont créées pour subvenir à l'alimentation de la population. Des chemins, bientôt remplacés par des routes, sont tracés dans la partie ouest de l'île, dans les parages de Baie-Sainte-Claire et Baie-Ellis, qui prend par la suite le nom de Port-Menier. Des camps pour les travailleurs sortent de terre. Plusieurs bâtiments propres à l'administration sont construits : une école, un marché, une église... Des résidences pour les habitants, des villas pour le gouverneur et son adjoint et surtout un palace pour le seigneur de l'île, sont érigés. Des machines agricoles et des locomotives viennent composer l'équipement lourd importé.
 
La foresterie pour la production de pulpe de bois connaît un développement rapide. Cumulée aux conserveries de homard et à la pelleterie, l'exportation de ces produits constitue l'essentiel du commerce extérieur d'Anticosti.
 
Le vœu de Menier était de faire de son immense domaine un paradis pour la chasse et la pêche. A cet effet, il fit importer de nombreuses espèces animales comme le caribou, le bison, le wapiti qui ne connurent pas un grand succès. Le cerf de Virginie par contre, s'acclimata si bien qu'il est considéré aujourd'hui espèce nuisible (200 000 têtes). Des animaux à fourrure tel le castor, la martre, la loutre ou le renard vinrent compléter la liste des mammifères importés dans l'île pour le commerce des peaux.
 
Les rivières à saumon furent protégées, nettoyées et réensemencées par des gardes spéciaux. Des guides furent embauchés afin de permettre aux hôtes de Menier de taquiner les salmonidés.
 
La compagnie chocolatière dépensa des millions afin de réaliser le rêve d'un seul homme. Henri Menier n'en profita que très peu car il n'y vint que six fois en dix-sept ans.

 

Saint-Pierre-et-Miquelon : les contigents anticostiens - 1906-1907

Saint-Pierre-et-Miquelon : les contigents anticostiens - 1906-1907

A
Arivot Célestin
Audoux Emile
 
 
B
Bailleul Louis
Bernard Jules
Bisson Ernest
Blanchard François
Borotra Jean
Briand Eugène
Briand Prosper
Bry Alexandre
Bry Charles
 
 
C
Capendéguy Joseph
Cavelier Ange
Charpentier Gratien
Coste Edouard
Coste Eugène
Costentin Paul
 
 
D
Daguerre Joseph
Dairou Hippolyte

 

Darbour Martin
Dérible Edouard 
Dérible Emile
Disnard Désiré
Disnard Joseph
Doiron
E
Etcheverry François
 
 
F
Fouëzon Jean
Frigalet Pierre
 
 
G
Gauchet Eugène
Gautier Alexandre
Gervain Auguste
Goupillère Eugène
Guillet Francis
 
 
H
Hacala Auguste
Hacala François
Haréguy Joseph
Hervot Celestin
 
 
J
Jackman Alexandre
James André
James Hippolyte
L
Laborde Martin
Lacroix Léon
Lafourcade Georges
Lafourcade Louis
Lamunth Albert
Landry Albert
Lapaix Jules
Larrondo Joseph
Lebastard H.
Lebolaud
Lecharpentier Gratien
Lechevallier Louis
Lenouvel Ange
Lepage Hyacinthe 
Lepage Maudez
Lepage Léon
Lepape François
Lepape Guillaume
Lesoavec Jules
Levacon Joseph
Luberry Arsène
Luberry Firmin
Luberry François
Luberry Joseph
M
Mahé Anatole
Marie Aimable
Ménard Emile
Miranda Martin
 
 
P
Power Thomas
 
 
R
Rebmann Georges
Roussel Eugène
Roussel Jules
 
 
S
Sarrazola
Seigneur Louis
Simon Louis
 
 
T
Téletchéa Charles
Tillard Alphonse
 
 
V
Vigneau Gratien
Saint-Pierre-et-Miquelon/Anticosti : les loisirs

Saint-Pierre-et-Miquelon/Anticosti : les loisirs

Au tournant du 20e siècle, les loisirs à Saint-Pierre-et-Miquelon sont peu variés. Quelques sociétés musicales, artistiques et dramatiques se créent et disparaissent au gré de l'engouement des bénévoles.
 
Les hommes ont toujours la possibilité de s'adonner à des régates dans le port de Saint-Pierre ou à des concours de tir au fusil lors d'évènements d'envergure nationale, tel le 14 juillet (aussi fêté à Anticosti sous l'ère Menier). A cette occasion, à partir de 1880, les enfants surtout, pourront goûter aux joies du divertissement primé en s'essayant au mât de cocagne, à la course en sac, aux oeufs... Le reste du temps, durant les vacances scolaires, on les voit flâner le long des quais, pêchant des poissons de roche ou s'adonner aux plaisirs des bains de mer. Jouer aux billes ou au pipette (le moineau anticostien) complétait leurs activités estivales. Ces moments d'insouciance ne s'adressaient bien entendu qu'aux garçons sous l'âge de douze à treize ans, car l'école terminée, dès le mois de mai, beaucoup étaient embarqués sur le doris familial et pratiquaient la pêche à la morue jusqu'au mois de septembre ou octobre.
 
Du milieu de l'été à la fin de l'automne, le temps libre était consacré à la cueillette des fruits sauvages : la fraise sauvage, la plate-bière (chicoutée), le bleuet (myrtille), la mûre, la graine (airelle, canneberge...) étaient transformés en confitures ou intégrés dans des pâtisseries.
 
A Saint-Pierre-et-Miquelon comme à Anticosti, nos îliens se réunissaient à domicile pour des parties de cartes ou de soirées spéciales lors d'anniversaires. Durant l'hiver, enfants et adultes s'adonnaient aux plaisirs des sports de glisse. La pratique structurée du hockey sur glace fut en vogue à Anticosti déjà dans les années 1920 alors qu'il fallut attendre le début des années 1950 pour qu'une association régulant cette discipline voit le jour à Saint-Pierre.
 
Diverses soirées dansantes et théâtrales étaient organisées, généralement dans le but de récolter des fonds pour les bonnes œuvres, mais cela impliquait des constructions permettant l'accueil de nombreux spectateurs et convives. Le Café de la France à l'Ile-aux-Chiens, l'Hôtel Joinville ou le Café du Midi à Saint-Pierre étaient généralement les hauts lieux de ces manifestations. A Port-Menier, une salle de divertissements fut créée à cet effet en 1910. Ainsi les bals populaires et les représentations théâtrales et cinématographiques eurent un point de ralliement contrôlé par l'Administration et le Clergé. Elle permettait également l'organisation de tournois de cartes (Charlemagne) et de joutes de billard.
Saint-Pierre-et-Miquelon : l'après-Guerre

Saint-Pierre-et-Miquelon : l'après-Guerre

La Première Guerre mondiale se révéla être un frein à l'exode. D'anciens Saint-Pierrais et Miquelonnais en Amérique du Nord vinrent se joindre au contingent local et furent dirigés vers la mère-patrie. Beaucoup succombèrent dans les tranchées, au service de la Flotte ou des suites de blessures.
 
A l'Armistice, la situation n'avait guère changé. L'économie était très déficitaire, d'où une reprise des départs vers le Canada. A partir de 1922 et pour une décennie, la Prohibition américaine sur les alcools amena une richesse inespérée dans l'archipel. Saint-Pierre devint une plaque tournante du commerce et du trafic de l'alcool. A la levée de la Prohibition en 1933, le chômage reprit ainsi que les départs vers des cieux plus cléments.
 
L'orage grondait en Europe et une nouvelle guerre devenait inéluctable. Après la capitulation de la France en 1940, Saint-Pierre-et-Miquelon se trouva particulièrement isolé mais son gouvernement restait fidèle à Vichy. Le 24 décembre 1941, l'Amiral Muselier s'empara de l'archipel au nom de la France Libre. Les engagements des habitants furent nombreux. 23 de ces nouveaux volontaires disparurent en mer lors du torpillage des corvettes Alysse et Mimosa en 1942.
 
Après la guerre, les municipalités de Miquelon et de Saint-Pierre furent recréées ; le Conseil général réinstauré. L'archipel fut représenté à Paris par un Sénateur et un Député.
 
Mais l'industrie principale de l'archipel était restée la pêche. La « Société de Pêche et de Congélation », créée en 1952 occupait un personnel très nombreux devenant ainsi le premier employeur de l'archipel.
 
Les accords de pêche signés en 1972 entre la France et le Canada vont être une deuxième étape, après l'abandon du French Shore en 1904, conduisant à une forte diminution des prérogatives françaises dans la région.
 
En 1977, le Canada étendit ses eaux territoriales à 200 milles au-delà de ses côtes, incluant les zones de pêche traditionnelles des Français. Saint-Pierre-et-Miquelon fit des réclamations et un conflit diplomatique s'engagea. En 1992, la cour internationale de New-York se prononça en faveur du Canada. La France obtint juridiction sur une étroite bande de cinq milles de large sur 200 milles de long. Cette bande au sud des îles enclave l'archipel, sans accès libre aux eaux internationales.
Saint-Pierre-et-Miquelon : aujourd'hui

Saint-Pierre-et-Miquelon : aujourd'hui

En dehors de quelques spécificités, l'archipel fonctionne aujourd'hui comme n'importe quel autre département français. L'Etat y est représenté par un Préfet qui dispose de services administratifs divers (équipement, éducation, santé, police, port, justice...). Trois assemblées élues localement complètent l'organisation institutionnelle.
 
La première, la Collectivité territoriale, est gérée par un Conseil de dix-neuf membres élu tous les cinq ans. Son action porte sur la réalisation de bon nombre de projets de développement économique, seul ou en partenariat avec l'Etat et les communes. Ainsi le désenclavement (aérien, maritime, technologique), l'action socio-culturelle, la diversification de la pêche et de l'agriculture, le tourisme... font partie de ses priorités.
 
Viennent ensuite deux communes (Saint-Pierre, Miquelon-Langlade) qui interviennent chacune sur son territoire dans des domaines variés : l'entretien de la voirie, l'eau et l'assainissement, le service incendie, le cimetière, la gestion des déchets,…
 
Un Député et un Sénateur complètent le corps électoral.
 
A l'heure actuelle, la fonction publique (Etat, territoriale, communale, hospitalière) représente le plus important employeur. Le privé embauche dans le secteur du bâtiment et travaux publics, le commerce, les banques, la pêche, l'hôtellerie, la restauration...
 
L'accès à l'archipel se fait à l'année longue par la voie des airs avec la compagnie Air Saint-Pierre, principalement depuis Montréal (3h15), Halifax (1h30) et St-John's (45 mn). En période estivale, un traversier appartenant à la Collectivité territoriale relie Saint-Pierre à Fortune, sur la péninsule de Burin, en une heure. Une rotation aérienne (10 mn) et maritime (1h) permet aussi de se rendre à Miquelon. Un autre petit navire à passager dessert Langlade en une heure.
 
Saint-Pierre-et-Miquelon, seul territoire français en Amérique du Nord, attire chaque année des milliers de touristes nord-américains, principalement en période estivale. L'archipel est également fréquenté par des paquebots de croisière qui retrouvent ici, sans avoir à traverser l'Atlantique, la langue et le drapeau français, le tout préservé par une population insulaire de 6 300 habitants.
 
Pour découvrir davantage de clichés d'aujourd'hui, consultez les expositions virtuelles de notre concours de photographie.
Anticosti : après Menier à aujourd'hui

Anticosti : après Menier à aujourd'hui

L'ère post-Menier :

Quelle drôle d’histoire que celle de Port-Menier ! Village modèle et moderne rêvé par Henri Menier au début du vingtième siècle, il connaît par la suite un destin de village mono-industriel. Bien qu’elle ait connu une évolution parallèle à celle des communautés de la Basse Côte-Nord et de la Gaspésie (et de Saint-Pierre-et-Miquelon), la vie des Anticostiens fut bien différente. Beaucoup plus confortable que celle des pêcheurs gaspésiens qui ont été exploités par des compagnies jersiaises ou des habitants de la Basse Côte qui peinaient à survivre par la pêche à la morue. Après l’époque Menier, les Anticostiens voient leur avenir s’orienter résolument vers la forêt.

Finis les rêves du riche chocolatier ! C’est dorénavant l'Anticosti Corporation (qui deviendra plus tard la Consolidated Paper) qui exploite et possède Anticosti, car si dans les autres régions les gens possèdent leur terrain et leur maison, mais souvent rien d’autre, à Port-Menier les habitants vivent sur un territoire privé et ne possèdent rien en propre.

Les Anticostiens souffrent moins des disettes de la Grande Crise et du rationnement de la Seconde Guerre que bien d’autres Québécois. Beaucoup élèvent des animaux, cultivent un jardin et la Compagnie propriétaire continue d’assurer un mode de vie confortable aux résidents. Il y a du travail pour tous, au village ou en forêt : de 1926 à 1971, entre 145 000 à 360 000 mètres cubes de bois sont récoltés annuellement. La vie est rude mais personne ne manque de rien.

Plusieurs familles sont disséminées autour de l’île, très tôt reliées par le téléphone, elles sont ravitaillées par bateau : ce sont les gardiens des rivières. Ils font de la trappe l’hiver, chassant renards et autres animaux, pour leur fourrure. De plus, ils reçoivent et guident les pêcheurs de saumons l'été venu. Ils vivent des ressources de la mer, des rivières, de la forêt tout en exerçant une surveillance soutenue contre le braconnage de ces ressources convoitées par les étrangers pêchant autour d'Anticosti. Une dizaine d’établissements de ce type existent sur l'île. S’ajoutent le voisinage des habitants de 2 homarderies et 7 phares. Bien qu’éloignés, les gens se visitent et s’entraident. Ce mode de vie exceptionnel prendra fin peu après la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup se rappellent avec nostalgie de cette époque.


L'ère post-Consolitaded :

En 1974, le Gouvernement du Québec exproprie la Consolidated Paper et achète Anticosti pour 24 millions de dollars. C’est le statut de Réserve de chasse qui est choisi comme locomotive économique. De 1 500 chasseurs par année, on passe à près de 5 000 une décennie plus tard. Au départ, dans les années 1980, c’est l’État qui met en place l’industrie de la chasse tout en confiant une partie du territoire à des pourvoiries. Environ la moitié à la Sépaq (une société d’état) et plus de 1 000 km2 aux résidents (340 km2 constituant leur secteur de chasse et 740 km2 dans une entreprise commerciale). Le reste de l’île est concédé à 4 entreprises, qui par fusion finiront par n’en constituer qu’une.

La vie s’organise autour de cette nouvelle activité économique : Anticosti offre la meilleure chasse au chevreuil en Amérique ! Beaucoup des emplois existants demeurent : cuisine, entretien mécanique, services au village... Plusieurs chasseurs émérites deviennent guides. Les journées sont longues, particulièrement en automne, et exigeantes, mais le travail est valorisant.

Cette période amène de grands changements dans la vie des Anticostiens : en plus de la création d’une municipalité, pour la première fois les habitants deviennent propriétaires de leurs maisons ! Du même coup, le garage, la menuiserie, l’hôtel, etc, sont achetés, une coopérative est formée pour acquérir l’épicerie, c’est une période très active !

En 1995 la coupe forestière reprend sur de nouvelles bases ; améliorer l’habitat du chevreuil à long terme. Les nouveaux emplois créés et l’activité liée à la foresterie profitent à Port-Menier. Mais si l’automne est très actif, ce n’est pas le cas de l’été. La villégiature attire bien quelques milliers de touristes mais elle peine à décoller. On est loin des dizaines ou des centaines de milliers de visiteurs qu’accueillent les Parcs fédéraux voisins de Mingan ou Forillon.

Le début des années 2000 verra la clientèle des chasseurs américains baisser sensiblement. La coupe forestière se poursuit mais elle connaît aussi des fluctuations. Port-Menier a subi un sérieux déclin : d’environ 350 habitants il y a 25 ans, la population a baissé à 220.

Récemment l’exploration pétrolière a repris, plus sérieusement que par le passé, personne ne sait encore si cette voie est réellement écologiquement prometteuse. Une histoire singulière et un mode de vie hors norme, l’abondance de la faune, l’immensité du territoire et les paysages grandioses, voilà les vraies richesses d’Anticosti. Tellement de gens rêvent de ce paradis : aux Anticostiens de trouver comment le partager !

Anticosti aujourd'hui : photos de Paul Laurin


 

Anticosti : la Villa Menier

Anticosti : la Villa Menier

Henri Menier avait besoin d’un pied-à-terre confortable sur son île. En janvier 1900, dans son hôtel particulier de Paris, il acceptait les plans d'une villa proposés par l’architecte Sauvestre, un des collaborateurs de la construction de la Tour Eiffel.

Sa résidence n’aura rien de modeste ! C’est un majestueux chalet d’inspiration norvégienne, que les canadiens ont baptisé le « Château Menier ». Il sera construit sur un plateau offrant une vue imprenable, élevé à une dizaine de mètres au-dessus de la mer, entouré d’un parc à l’anglaise de 25 hectares qui dispose d’un plan d’eau. Il en imposera avec ses vingt mètres de haut, ses cinq étages, son balcon, ses nombreuses lucarnes, sa tourelle…

La construction réalisée par les frères Peters, de Québec, aura duré de 1900 à 1905 mais le résultat est splendide. La toiture d’ardoises grises est surmontée d’épis décoratifs et de plusieurs immenses cheminées de briques. Les murs à colombage sont décorés de motifs horizontaux-verticaux, teintés, bien sûr, d’un brun chocolat.

L’intérieur dispose d’un hall de réception de 20 mètres de long par 12 mètres de large. Il est éclairé naturellement par une immense verrière en forme de fleur de lys, fabriquée de briques de verre provenant de Falconnier en Belgique. Afin de recevoir des visiteurs de marque, une douzaine de chambres (la plupart équipées de salle de bains) sont aménagées ainsi qu’une bibliothèque, une infirmerie et une grande cave où reposent les meilleurs crus. Des foyers de marbre, des lustres, des tapisseries des Gobelins, l’éclairage électrique, le chauffage central et l’eau courante viendront assurer le confort des hôtes à la villa entre deux expéditions de pêche au saumon dans les rivières de l’île.

 

Lorsque le premier contingent d’une soixantaine de Saint-Pierrais débarque à Anticosti au printemps 1905, ils auraient sans doute bien voulu voir cette impressionnante construction de près mais le site était interdit à tout autre que les invités de Menier. De ce fait, le domaine ne sera jamais foulé que par des visiteurs de haut rang tel le Gouverneur général du Canada, Lord Albert Henry Grey ou des membres du Gouvernement du Canada, ministres, sénateurs, députés…


 

Anticosti : démographie

Anticosti : démographie

Anticosti connaît un peuplement permanent tardif, que des compagnies colonisatrices instaureront à partir des années 1870, avec prospectus et promesses de développement cependant non tenues. La faillite de la seconde compagnie colonisatrice, l'Anticosti Company, voit une baisse drastique de la population au recensement de 1891. L'ère Menier, de 1895 à 1926, sera plus positive démographiquement parlant. Les propriétaires français exerceront cependant un contrôle de l'immigration, auquel seuls des contingents de travailleurs saisonniers échapperont. Un peu comme à Saint-Pierre-et-Miquelon, ils auraient pour les années 1896 à 1913 surtout, quasi doublé la population d'Anticosti, du printemps à l'automne.

Sous l'ère de l'Anticosti Corporation et de la Consolidated Bathurst Company, la spécialisation de l'île dans la production de bois destinée à des papeteries, amène de forts contingents de travailleurs entre 1927 et 1930, de même qu'au boom économique suivant la Seconde Guerre mondiale, par la demande accrue de bois à papier sur le marché canadien. Anticosti connaît alors ses plus hauts pics de population. Encore ici, ils sont appuyés par une population flottante peu comptabilisée, dépassant le chiffre des populations permanentes. Les difficultés du marché forestier des années 1960, suivi de la vente de l'île en 1974, voient une partie de la population permanente anticostienne migrer ailleurs au Québec. Depuis ces années la population permanente d'Anticosti s'est maintenue autour de 300 personnes.


Courbe de la population d'Anticosti, coll. l'Arche


 

Saint-Pierre-et-Miquelon : démographie

Saint-Pierre-et-Miquelon : démographie

A Saint-Pierre-et-Miquelon, la population s'accroit constamment dès la reprise de possession de 1816, jusqu'en 1902. La crise économique de ce début du 20e siècle va faire perdre à l'archipel près de 30% de ses effectifs en un quart de siècle. La reprise de l'activité économique liée à la Prohibition américaine permet une reprise du peuplement constant jusqu'à nos jours, mais sans jamais atteindre le chiffre de 1902, puisqu'au dernier recensement la population sédentaire et flottante était d'environ 6300 personnes.

Courbe de la population de Saint-Pierre-et-Miquelon, coll. l'Arche


 

Famille Le Rouzès Yves

Famille Le Rouzès Yves

Né à Coatreven, en Ille-et-Vilaine (Bretagne) le 2 mars 1873, il est le fils d’Emmanuel et de Perrine LeCorre. Après ses études à Guingamp et à Ploërmel, il obtient son brevet d’instituteur à Vannes puis il entre dans l’ordre des Frères de l’Institut Chrétien. En 1892, il est nommé instituteur à Saint-Pierre-et-Miquelon sous le nom de Frère Victorin. Après avoir occupé des postes tant à Saint-Pierre qu’à Miquelon ou à l’Ile-aux-Chiens il quitte l’archipel en 1898. Il revient un an plus tard et prend la direction de l’école de l’Ile-aux-Chiens.

Il quitte la colonie au printemps 1902 pour la Nouvelle-Ecosse. Après avoir abandonné l’habit religieux, le 16 octobre 1902, il épouse une dénommée Geneviève Pinson, née à Saint-Pierre en 1873, fille de Auguste et Emilie Ledinot. Cette même année, le couple s’installe à Anticosti. Ils ont (apparemment) déjà un fils, Joseph. Là, la famille s’agrandit de 3 autres garçons.
 
Le Rouzès, avec son beau-frère saint-pierrais Emile Gloanec, fut très certainement à l'origine du recrutement de travailleurs de l'archipel pour Anticosti.
 
Les Le Rouzès abandonnent l’île en 1908 pour s’installer à Québec puis, plus tard, choisissent Montréal comme nouvelle terre d’accueil. Trois autres enfants viennent élargir la cellule familiale. Très impliqué dans le domaine de l’éducation, Yves Le Rouzès devient inspecteur des écoles et rejoint diverses sociétés dont l’association regroupant des compatriotes d'extraction française : l’Union Nationale Française.
 
Il fut nommé Officier d’Académie le 23 juin 1922.
 
Il décède à Montréal en 1950 à l’âge de 77 ans. Son épouse lui survécut jusqu’en 1957 et s’éteignit à Ville Saint-Laurent, Québec, à l’âge de 83 ans.
 
Aujourd’hui, beaucoup des descendants de cette famille vivent dans la région de Québec et de Montréal.
 
A noter que plusieurs personnes originaires de Saint-Pierre-et-Miquelon ont habité sous le toit anticostien de cette famille pour y exercer le métier de servante, à l'instar de Louise Dolisie ou Gracieuse Rebmann.
Famille Chevalier Eugène

Famille Chevalier Eugène

Jean Baptiste Chevalier était originaire de Trigavou en Bretagne. Il vint se placer comme pêcheur à Saint-Pierre dès 1858, à l'âge de 17 ans. En 1871, il épousa une normande de 17 ans, Eugénie Charles. De cette union, naquirent 2 garçons, dont Eugène en 1872. Après la disparition en mer du père en 1874, un autre garçon vit le jour en 1879 et fut déclaré sous le patronyme du défunt. Cependant, l'année suivante, Eugénie Charles devait convoler en secondes noces avec le père biologique de ce dernier-né, un compatriote normand, Aimé James, pêcheur puis charpentier-tonnelier. Neuf autres enfants devaient succéder aux trois premiers.

L'aîné de la fratrie, Eugène Chevalier, épousa Marie Josseaume avec laquelle il eut trois filles et un fils à l'Ile-aux-Chiens avant de s'installer comme tonnelier à Anticosti à l'automne 1904. Il prit d'abord en charge la direction des pêcheries de morue et de flétan. Rapidement il devient un homme de confiance auquel l'administration comptable anticostienne offre le poste d'agent de liaison entre les différents services. Sa femme et ses filles, quant à elles, travaillèrent au lavoir de Baie Sainte-Claire puis à celui de Port-Menier. En 1905, Marie Josseaume y donna naissance à un fils prénommé comme son père et enfin à une petite Joséphine en 1908.

Ces fondateurs de la lignée Chevalier d'Anticosti décèdent tous deux en 1951, non sans avoir été éprouvés par la mort successive de cinq de leurs six enfants, à des âges variant de 16 à 33 ans, entre 1913 et 1928. Leur descendant, Eugène fils, leur survivra jusqu'en 1984. Il ne quitta jamais Anticosti, s'y mariant en 1926 à Marie-Alma Kérouack avec laquelle il eut neuf enfants.

Débrouillard, taxidermiste à ses heures, Eugène fils voua une passion sans bornes à la mécanique, passant une grande partie de sa carrière à la « loco-shop » et à l'atelier (le garage) de l'île, réparant locomotives, camions et autres machineries.

La correspondance soutenue que la famille d'Eugène Chevalier entretint avec des parents et compatriotes de l'Ile-aux-Chiens fut sans aucun doute pour quelque chose dans l'immigration de ceux-ci à Anticosti. En 2015, la dernière descendante de Saint-Pierrais ou de natifs de l’Ile-aux-Chiens émigrés à Anticosti est Mme Thérèse Chevalier (fille d'Eugène fils), l'âme de la présente exposition.


Famille Samson Fanny

Famille Samson Fanny

Fanny est née à Saint-Pierre de parents terre-neuviens le 26 septembre 1863. En 1880, elle y épouse Albert Dolisie, le conducteur des Ponts et Chaussées au service du Gouvernement, veuf depuis 1874. Devenue veuve à son tour en 1888, elle a à charge deux jeunes filles, Marie et Albertine, lorsqu'elle se remarie avec Joseph Apestéguy, sans doute en Nouvelle-Ecosse. De l'union naissent quatre enfants à Saint-Pierre entre 1892 et 1900, Fanny, Joseph, Vincent et Bernadette.

Vraisemblablement, c'est ce Joseph Apestéguy qui est recensé disparu en mer dans un naufrage lors de la tempête de septembre 1900. Après coup, Fanny Samson s'installe à Anticosti où elle décède, à Baie Sainte-Claire, en décembre 1905.

Ses enfants n'abandonnent pas pour autant leur nouvelle patrie car plusieurs d'entre eux s'y marient, y faisant souche pendant plusieurs décennies.

La fille de Fanny, Marie Dolisie, se marie à l'Anse-aux-Fraises en 1906 avec Placide Duguay. Le couple hébergera plusieurs années l'autre sœur Dolisie, tout autant que les frères Apestéguy. Le couple Dolisie-Duguay eut 8 enfants, tous nés à Anticosti, dont certains garçons suivirent les traces de leur père dans la télégraphie et les phares.

Albertine Dolisie, quant à elle, épouse un Saint-Pierrais de 25 ans, Alexandre Arthur Jackman, à Baie Sainte-Claire quelques semaines avant le décès de sa mère, soit le 2 décembre 1905. Le couple n'eut qu'un seul enfant à l'île, Cécile, née en 1906, puis ils abandonnèrent l'île, revinrent se fixer un temps à Saint-Pierre en 1908 puis on perd leur trace après la naissance de leur fils Charles en ce lieu en 1909.

Bernadette Apestéguy (la dernière fille de Fanny et Joseph), née à Saint-Pierre en 1900 fut adoptée par Myart, le gouverneur de l'île d'Anticosti de l'époque. Cette dernière suivit la destinée de sa nouvelle famille outre-Atlantique et se maria à Marseille en 1921 puis de nouveau dans la Drôme en 1959.

Joseph Apestéguy (dit Apestiguy), le fils de Fanny Samson, est recensé plusieurs fois à Anticosti entre 1907 et 1913 et semble s'y être fixé durablement après le décès de sa mère. Il y épouse une anticostienne, Rosalie Boudreau, en mai 1919. Avant de quitter l'île et se fixer sur la Côte-Nord, ils n'y eurent pas moins de treize enfants, dont Louis Apestiguy, lequel épousant Thérèse Poulin, une anticostienne, fut le dernier à perpétuer ce patronyme à Anticosti jusqu'aux années 1970, avec 6 enfants nés de ce dernier couple.


 

Famille Dérible frères

Famille Dérible frères

Eugène-Joseph et Emile-André Dérible sont tous deux charpentiers de profession, déclarés « employés de M. Menier » en 1906. Ils sont les fils du couple Eugène-Delphin Dérible et Héloïse Guyon. Eugène-Joseph, l'aîné, est né à Saint-Pierre en 1877. Son cadet est né au même lieu dix ans plus tard.

Les frères Dérible (parfois Desrible) se rendent pour un temps à Anticosti, particulièrement en 1906-1907.

La présence d'Eugène-Joseph, marié à Eugénie Leblanc est officiellement constatée à Anticosti en janvier 1907. A cette époque, le couple Dérible-Leblanc est décrit comme ayant déjà deux enfants, Joseph et Bernadette, nés à Saint-Pierre respectivement en 1903 et 1904. Ils auront deux enfants de plus à Anticosti : Pierre-Emile en 1907 et Eugène-Ernest en 1908. Après coup, ils quittent l'île pour la ville de Québec où la famille continue de s'agrandir : Emile-Etienne y est né en 1910, suivi de Jeanne en 1912. En 1917, le couple Dérible-Leblanc est de retour à Saint-Pierre car leurs jumeaux Philomène et Jean-Baptiste y naissent en novembre de cette année. Un dernier enfant, Jean, né en octobre 1919 complètera la descendance. La mère, Eugénie Leblanc, s'éteint à Saint-Pierre en 1924 à l'âge de 43 ans. Quant au père, il n'est déjà plus dans l'archipel en 1928 car il est domicilié en France à La Rochelle. Notons que ses fils aîné et cadet choisiront également de s'installer en métropole.

Le deuxième frère, Emile-André, est retracé comme témoin au mariage de Marie Dolisie avec Placide Duguay à Anticosti le 31 mai 1906. Cependant, il reste peu de temps sur place, car il se marie en février 1911 à Saint-Pierre avec une demoiselle Tilly puis en 1914 avec une Terre-Neuvienne du nom de Young. Il est mobilisé le 3 février 1915 et incorporé au 1er régiment d'infanterie coloniale. Emile-André figure au Livre d'Or de la commune de Saint-Pierre avec une citation à l'ordre de son régiment en août 1916 : « A, comme agent de liaison, assuré son service sous de violents bombardements, avec un courage digne de tous éloges. » De retour à Saint-Pierre, il fut décoré de la Croix de Guerre en 1918. Il quitta ensuite l'archipel et se remaria pour une troisième fois à Granville en 1931 où il décèdera un demi-siècle plus tard.


Famille James André

Famille James André

André James est né à l'Ile-aux-Chiens en août 1885. Il est le fils d'Aimé James, un normand de Saint-Nicolas et d'Eugénie Charles, une normande de Bouillon, veuve en premières noces de Jean-Baptiste Chevalier. La famille se compose de 9 enfants du côté paternel et de trois autres garçons du côté maternel.

Lors de son mariage dans la même île avec Emilie Tillard en 1909, André exerce la profession de marin-pêcheur. Leur premier enfant naît sans vie en juillet 1910.

Les mouvements des passagers de l'archipel à destination du Canada font état du départ du couple James-Tillard le 8 octobre 1911, à destination de la Nouvelle-Ecosse. Cependant, il ne s'agit que d'une escale afin de rejoindre le reste de la famille installée à Anticosti car ils apparaissent dans les registres paroissiaux de l'île lors de la naissance de leur fille Aimée, quatre mois plus tard, en février 1912.

A compter de 1913, André est en charge de la direction du marché de Baie-Ellis. Cette petite ville est vite devenue le réel lieu de production de l'île, disposant d'un hôtel, d'un moulin de bois écorcé, d'une scierie, d'une ferme, d'un chemin de fer et d'un quai à proximité.

André et sa femme s'établissent tant et si bien à Baie-Ellis qu'ils y auront encore cinq enfants. Très intégré dans la communauté, André fit partie de la troupe théâtrale donnant des représentations à la salle des Fêtes.

Il faut signaler quand même qu'il fut levé pour la Première Guerre mondiale, qu'il fit bravement son devoir en France et qu'il lui fut permis de réintégrer sa patrie d'adoption à l'issue du conflit. Son épouse y décède à l'âge de 37 ans seulement, en 1927. André, quant à lui, quittera ce monde à Anticosti en 1938, âgé de 53 ans.

Les parents d'André James, (Aimé et Eugénie) s'installèrent à Anticosti pour quelque temps à compter de 1912. Le père exerçait la profession de tonnelier-charpentier et il est probable que ce sont ces compétences qui lui ont permis de venir s'établir sur l'île. Cependant, ils ne restèrent que peu de temps sur place et regagnèrent leur île natale, visiblement en octobre 1916. Aimé décéda à l'Ile-aux-Chiens en 1924, sa femme, Eugénie en 1928. Aujourd'hui, l'ensemble des familles James de l'archipel est issu de ce couple


 

Famille Lapaix Alexandre

Famille Lapaix Alexandre

Avec Marie Clémentine Gambié, ils forment le premier couple d'origine saint-pierraise à se marier sur le sol anticostien. Alexandre est né à Saint-Pierre en 1879 (fils d'Alexandre et de Marguerite Quirck). Son épouse Marie Clémentine est la fille d'Ernest, un voilier granvillais et de Fanny Jouenne, également normande.
 
Marie Clémentine est née à Saint-Pierre en juillet 1885. Elle devint orpheline de père à l'âge de 13 ans, exerça sans doute des petits métiers avant de trouver de l'embauche comme domestique chez un médecin de la localité.
 
Quand Marie Clémentine Gambié et Alexandre Lapaix se marient à Baie Sainte-Claire le 23 octobre 1905, plusieurs amis ou compatriotes sont de la noce : Gratien Vigneau, Auguste Vromet, Eugène Goupillière et Albert Geffros.
 
Alexandre exerce diverses professions au gré des temps : marin, manœuvre puis forgeron.
 
Leur premier fils, Alexandre Ernest, naît à Anticosti en mai 1906 et leur première fille, Marguerite Joséphine, en octobre 1907.
 
Dès lors, on perdit leur trace sur l'île des Menier car ils migrèrent vers Québec où naquit leur fille Marie Francine en juillet 1911 et leur fils Ernest en 1913. Ils finirent par regagner Saint-Pierre-et-Miquelon peu de temps après car les arrivées de passagers en provenance du Canada font état du retour de la mère et de ses quatre enfants à la fin mai 1915. Le père quant à lui, devait arriver dans l'archipel en janvier 1916. La raison de ce retour différé est simple : Alexandre avait été mobilisé, envoyé en France pour défendre la mère patrie et fut réformé en raison d'une blessure de guerre. Il travailla comme boulanger à l'Ile-aux-Chiens où son fils Pierre-Marie vit le jour en février 1917. Cette naissance fut suivie à Saint-Pierre de celles de deux autres filles, Marcelle et Antoinette en 1918 et 1921.
 
Un des frères d'Alexandre, Emmanuel (né à Saint-Pierre en 1887) est présent à Anticosti en mai 1906 lors du baptême de son neveu Alexandre Ernest. Un autre de leurs parents, Jules Lapaix « employé de M. Menier », est recensé dans les listes des passagers partis de Saint-Pierre à destination d'Anticosti en 1906 et 1907.

 

Famille Tillard frères

Famille Tillard frères

Trois frères Tillard (Ferdinand, Eugène, Alphonse) et une sœur, Emilie, fréquentent Anticosti. Tous quatre sont nés à l'Ile-aux-Chiens entre 1889 et 1898. Leurs parents sont Alphonse Tillard, originaire de Genêts dans la Manche (Normandie) et Marie Amélie Gautier, une Saint-Pierraise de naissance.
 
Emilie Tillard est l'épouse d'André James, le boucher-directeur du marché de Baie-Ellis
 
Ferdinand n'est recensé qu'au début des années 1920 au camp des travailleurs.
 
Eugène Tillard, marié à Marguerite Quann, exerce la profession de gérant du café Régal à Port-Menier, un haut lieu de rencontre pour les travailleurs et habitants de l'endroit. Une histoire de contrebande d'alcool aurait mis fin à son séjour anticostien en septembre 1921.

 

Le troisième frère, Alphonse Tillard est né au printemps 1891. A l'Ile-aux-Chiens, il exerce la profession de pêcheur. Un permis d'absence de six mois pour l'étranger lui est accordé le 30 septembre 1912. Cette autorisation est prolongée d'un an en avril 1913, nominativement pour Anticosti. On ignore l'emploi qu'il a pu tenir alors. Il fréquente ses compatriotes Chevalier car il est témoin au mariage de Charles Boudoul et Adèle Chevalier en février 1914. Bientôt, il courtise Aimable Chevalier, jeune fille de 17 ans, mais sa mobilisation le 4 mars 1915 va mettre un frein à leur idylle.

Toute une série de correspondances va alors être échangée entre les tourtereaux. La simple formule « Chère amie » employée en mars 1915, se transforme en « Mon bel ange adoré » en juin 1916. Les formules finales ne sont pas moins dithyrambiques : « Ton Alphonse qui t'aime pour la vie et qui ne t'oubliera jamais ».

Cette guerre brisera leur destin à jamais : Alphonse est évacué du front pour blessures le 1er octobre 1915, le 7 juin 1916 et une troisième fois le 17 août 1916. Il sera décoré de la croix de guerre avec doubles étoiles en vermeil et reçut une citation à l'ordre du Corps d'Armée. Il est dirigé le 18 novembre 1917 sur Cherbourg puis embarqué comme canonnier sur le navire Angeline pour la protection de la campagne de pêche à la morue de 1918 à Terre-Neuve.

Enfin, il est rapatrié à Saint-Pierre où il décède à l'hôpital le 5 octobre 1918 « Mort pour la France ».

Aimable s'éteindra à Anticosti à l'âge de 25 ans, en 1922, sans avoir jamais connu d'autre amour que son cher Alphonse


 


Collaborateurs :

Apestiguy (famille)
Mme Thérèse Chevalier
M. Guy Côté
Mme Aline Duguay
M. Pierre-Marie Lapaix
M. Gaëtan Laprise
M. Paul Laurin
Bibliothèque et Archives
nationales du Québec
(Québec, Saguenay et Sept-Iles)